Jérémy et sa Mach I de ’74

Jérémy et sa Mach I de ’74

Depuis qu’il est enfant, Jérémy a toujours beaucoup voyagé. Par la suite il va même vivre à l’étranger. Il grandit entre Paris et Casablanca, séjourne en Australie où il développe une passion pour les V8 puis travaille un an en Inde. Il n’a pas d’attache particulière à un lieu spécifique de la planète. Depuis 1983, Jérémy fait quelques passages à Los Angeles, Californie sans pour autant s’attacher particulièrement à la Cité des Anges…

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Sa première rencontre avec une Ford Mustang s’opère en 2006, alors qu’il vient de rassembler le budget lui permettant de s’offrir un muscle car. Il n’y connaît pas grand-chose mais décide d’apprendre sur le tas. Il achète ainsi une Mustang Grande de 1973 dont le vendeur dit qu’elle est équipée d’un V8 302ci deux corps. Il se rend rapidement compte qu’il s’agit en fait d’un 351ci Cleveland 4V Cobra Jet et non le 302 tel que décrit par l’ancien propriétaire. Jérémy la rénove à son goût et optimise les performances de la bête.

En 2009, Jérémy est installé en France et travaille dans le milieu du dessin animé. Il rencontre des difficultés à monter un projet malgré une équipe motivée et déterminée. Il réalise rapidement que tourner un pilote de cinq minutes lui coûterait dans les cinquante mille euros… Au même moment, un ami à lui, réalisateur de métier, s’en va tourner son propre pilote en prises de vue réelles entre la Californie et l’Utah, aux États-Unis. Le projet concerne le « Demolition Derby » et les voitures, c’est justement la spécialité de Jérémy. Son ami lui demande un coup de main. Nous sommes en mai 2009 et Jérémy s’intéresse au sujet de près. Il s’aperçoit que la réalisation en prises de vue réelles est bien plus simple qu’en dessins animés. C’est une révélation pour lui : un zéro en moins sur le budget et une dynamique très intéressante concernant la production dans la région de Los Angeles. Il n’en fallait pas plus pour que notre voyageur invétéré réserve un billet et se rende au pays de l’Oncle Sam. En septembre, Jérémy fait un séjour vacances / shooting photos à Los Angeles et décide de tenter l’aventure « Hollywood ». Celle que l’on surnomme la « ville du cinéma » est à son goût : la lumière si particulière de la côte Ouest et l’été toute l’année font son œuvre, Jérémy tombe sous le charme.

Le rêve américain

C’est ainsi qu’en 2010, notre ami français décide de vendre son bébé pour financer son émigration en direction des U.S.A. Les premiers temps aux States ne sont pas simples pour Jérémy car non seulement il arrive sans aucun contact sur place dans le milieu du cinéma, mais il n’a pas non plus la moindre expérience cinématographique en dehors des animations. À Los Angeles, il est de notoriété commune que ça prend des années pour rencontrer le succès du jour au lendemain (comme le dit le dicton, « it takes years to become an overnight success »). Les temps sont difficiles pour notre ami, il décide de mordre à pleines dents dans « l’American Dream » et tente l’aventure en solo : il investit une partie de ses économies dans le tournage de son tout premier court métrage. Il écrit ainsi un petit scénario inspiré des road trips et des déserts californiens. Pour les besoins du tournage, Jérémy loue un El Camino de 1976 et s’en va à trois heures de routes de LA pour tourner son projet. C’est sa première expérience en tant que réalisateur.

Les difficultés de tout recommencer

Cette première expérience lui permet d’étendre son réseau sur place, mais malheureusement pas suffisamment pour trouver un job ni pour obtenir un visa permanent. Il n’a pas le choix, à la fin de la validité de son visa de touriste, il devra rentrer en France. Il s’agit d’une période difficile où Jérémy vit au jour le jour, dormant sur le canapé de ses amis, et fait son possible pour actionner son réseau, dans le monde entier. C’est finalement une musicienne parisienne pour qui il avait réalisé une série de photos qui lui apprend qu’une boîte de production de Los Angeles vient réaliser un clip en France. Elle lui recommande de travailler sur le projet et ainsi booster un peu plus le destin… Ce qui fonctionne suffisamment pour convaincre Jérémy de retourner en Californie. Les pistes qu’il avait imaginé ne se concrétisent hélas pas tout de suite. Le jeune français commence à regarder la réalité d’un retour au pays bien en face, avant que l’entreprise de production ne le contacte finalement pour un long-métrage avec Amber Heard nécessitant une séquence de trente secondes en dessin animé. Jérémy s’attelle à la tâche et l’entreprise lui fournit un visa de travail ! Et ce n’est que la porte d’entrée vers un projet plus long : trois mois après ses débuts, le visa en poche et le dessin animé produit, l’entreprise le sollicite pour réaliser les effets spéciaux numériques du film. C’est son premier long-métrage américain !

Suite à ce beau projet, Jérémy vit quatre ans de petits boulots. Il appelle cette période de sa vie la « galère dorée » : certes, il a du mal à payer ses factures, mais il vit à Venice Beach, à cinq pâtés de maison de l’océan, travaille quotidiennement sur les plateaux de cinéma, fait un métier qui le passionne et joue au basket sur les terrains les plus mythiques du monde !

Il utilise 3000 dollars pour s’acheter une Mercury Comet de 1976 équipée d’un six cylindres en ligne 250ci 4.1l qui lui sert de voiture tous les jours… Cette dernière, fun à conduire et facile à réparer quand elle tombe en panne (au moins une fois par mois !) lui permet d’apprendre les détails de la mécanique automobile avec la refonte de presque tous les périphériques de la voiture (carburateur, démarreur, direction assistée, pompe à eau, etc.) mais pas du moteur en lui-même. Il loue sa voiture à plusieurs reprises pour des séances photos et vidéos, que ce soit pour un Boys Band japonais ou encore pour Hélène Segara… Jérémy et sa voiture sont même filmés dans un épisode de la série télévisée California Master Cars sur AB Moteurs (aujourd’hui Automoto La chaîne). Il revendra la belle en 2019 plus tard en raison de difficultés financières liées à son immigration.

Un achat confiné

Installé dans la région de Los Angeles depuis dix ans et désormais doté d’une Green Card, Jérémy a eu l’opportunité de vivre dans différents quartiers tels que Crenshaw ou encore Silver Lake. Il travaille toujours avec la même entreprise, pour laquelle il a déjà fait trois long-métrages dont un sur lequel il est producteur minoritaire. Au cours de ces dernières années, il a eu l’occasion de rencontrer certaines de ses idoles et côtoyer certaines. Par exemple, le dernier clip conséquent qu’il a réalisé était pour Billy du groupe Biohazard dont il était fan au lycée. Il a aussi eu l’opportunité de travailler dans la région de Chicago, Illinois, au Texas ou encore à Bonneville, Utah avec Luc Jacquet, le réalisateur de la Marche de l’Empereur…

Malheureusement, en 2020, la crise sanitaire frappe le monde entier. Aux États-Unis, c’est un Américain de 35 ans ayant voyagé au pays du soleil levant et hospitalisé dans l’état de Washington le 21 janvier avec les symptômes du Covid-19 qui met le feu aux poudres. En Europe, ce sont trois Français revenant de Chine qui sont hospitalisés à Paris et à Bordeaux, avec le même diagnostic. Bref, la planète s’apprête à vivre des temps difficiles. De son côté, Jérémy fait face à une pénurie d’activité durant plusieurs mois. En août, il cherche à tout prix une raison pour sortir de chez lui, prendre l’air et occuper son esprit. La première idée qui lui vient en tête est celle d’un projet automobile. L’objectif est de trouver une voiture très bon marché qui lui permettra d’ouvrir le moteur et d’affiner ses compétences en mécanique auto en sortant de chez lui et en apprenant sans urgence : il est bloqué à domicile et tout ce qu’il peut faire, il peut le faire à pied. L’une des voitures qu’il a à cœur est la Mustang II : cette petite voiture dans sa version Hatchback fait penser aux Européennes. Il a eu la chance de posséder une Mustang Grande de 1973, la plus grosse Mustang jamais réalisée, et il s’intéresse donc désormais à la plus petite. Après seulement quelques recherches, Jérémy tombe sur une page Facebook dédiée à la Mustang II et l’une d’entre elles est en vente dans l’état de Washington, près de Portland. Il ne peut se déplacer jusque là-bas et connaît la région, réputée pluvieuse. Il n’est pas très optimiste : acheter une voiture où toute la mécanique reste à faire n’est pas un problème, mais la rouille est un gouffre financier qu’il n’est pas prêt à assumer. Il décide tout de même de payer les services d’un expert qui se rend sur place et lui confirme qu’il n’y a presque pas de rouille sur l’auto de 1974, et même moins que sur la Comet Californienne qu’il possédait et qu’il avait acheté dans le désert… En revanche, la liste des travaux mécaniques à réaliser est longue comme le bras, mais c’est l’objectif ! Jérémy a bien conscience que la Mustang II n’a pas la cote et, dans une certaine mesure, ça l’arrange puisque ça lui permet d’obtenir celle-ci pour pas grand-chose.

L’ancienne propriétaire possédait la voiture depuis le lycée et prend aujourd’hui sa retraite. Avec son mari, ils vendent leur maison pour financer l’achat d’un camping-car (recreational vehicle) et vivre sur la route. La place pour la Mustang vient donc à manquer et celle-ci doit partir. Idéalement, ils aimeraient vendre la belle à quelqu’un qui l’aimerait autant que son ancienne propriétaire a pu l’apprécier tout au long de sa vie. Lorsque Jérémy prend contact avec elle, cette dernière juge qu’il pourrait bien être cette personne. Malheureusement, les frais de transport entre Portland et Los Angeles s’élèvent à près de 800 dollars. Jérémy propose de revoir le prix à la baisse, tout en prenant soin de pas offenser la vendeuse. Celle-ci accepte la transaction pour 2000 dollars.

Notre ami français obtient donc une Mustang II Mach 1 de 1974 pour tout juste de 2000 dollars. 1974 est la seule année où la Mustang n’avait pas de V8 en option (en dehors des modèles mexicains) mais celle de Jérémy possède bel et bien un V8 302ci. L’ancienne propriétaire avait effectivement fait mettre ce moteur issu d’une Maverick de 1970 cinq ans avant la vente. Hélas, le travail n’a pas été réalisé dans les règles de l’art et la Mustang hérite d’un bloc moteur et d’un carburateur de 1970, de quelques accessoires tels que l’allumage de 1976 et certains composants des années 90. Aussi, la vendeuse a précisé avant la vente qu’un cylindre a de faibles compressions et que les suspensions et la direction ont vu des jours meilleurs.

De la mécanique et de la carrosserie

La Mustang arrive chez Jérémy en août 2020. Malgré les soucis précisés par l’ancienne propriétaire, elle démarre et roule. Certes, avec une grosse fumée blanche qui laisse penser à un joint de culasse, mais elle roule ! Le jeune passionné commence à démonter et à restaurer son nouveau projet lui-même devant son garage. Il met le nez dedans, apprend, passe le temps et s’occupe pour faire ronronner à nouveau ce V8 typique des années 60 et 70 en Californie. Jérémy cherche à peaufiner son American Dream dont les contours sont déjà bien dessinés.

Pour lui, c’est le premier démontage de moteur. Il découvre un mélange d’huile cuite au niveau des culasses et sous le collecteur d’admission. Comme il le suspectait, le joint de culasse est à refaire. En démontant les têtes, il constate plusieurs valves abîmées avec les joints et sièges à remplacer. La surface des collecteurs d’échappement sont également dans un état critique. Qu’à cela ne tienne, Jérémy démonte et emmène le tout chez un machiniste pour remettre le maximum de pièces en état. En parallèle, il achète les pièces qui doivent être remplacées (tiges de culbuteurs, culbuteurs, valves et joints). Par chance, les cylindres sont en bon état et un simple nettoyage pour retirer les mélanges d’huiles et d’essence brûlée suffit. L’arbre à cames est également exempt de tout défaut. Si la surprise est plutôt bonne, Jérémy savait à quoi s’attendre dans la mesure où la précédente propriétaire lui avait expliqué qu’avec le swap du moteur, avaient été changés l’arbre à cames, la chaîne de distribution et les cylindres vérifiés. Le reste n’avait toutefois pas subi de contrôle spécifique.

Lorsqu’il reçoit les pièces commandées et celles restaurées, Jérémy s’attelle au ré assemblage de sa voiture. L’opération ne se fait pas sans quelques gouttes de sueurs : c’est son premier remontage de moteur et notre ami s’inquiète de tout remettre à sa place sans erreur. Cette activité derrière lui, il décide de remplacer le carburateur d’origine Motorcraft 2150 par un autre plus moderne qui était inclus avec la voiture mais que les précédents propriétaires n’avaient pas pris le temps d’installer. Jérémy peine à régler l’appareil mais finit par faire démarrer la Mustang. Il fait le tour du quartier. Fier d’avoir pu remettre sa voiture en état, il constate toutefois qu’un réglage du carburateur par un professionnel ne serait pas du luxe.

S’ensuivent les suspensions, la direction assistée, les amortisseurs et les trains roulants. Ces activités sont plus physiques que Jérémy ne l’imaginait mais le résultat est à la hauteur. Fin septembre, le gros du travail est fait et notre ami peut l’emmener pour un réglage du parallélisme. Après trente minutes sur la route, dont dix sur autoroute et juste avant d’arriver au garage, la Mustang II s’arrête et ne redémarre plus. Difficile de dresser un diagnostic, Jérémy et le mécano du garage où la voiture avait rendez-vous ne trouvent pas de solution. La dépanneuse emmène la voiture, l’investigation commence. Le module électronique de distribution de 1976 est cassé. Il est remplacé. Ensuite, c’est le module électronique de l’allumage qui s’éteint pour de bon, puis le distributeur d’allumage qui y passe. Tout est remplacé et la Mustang finit par rouler à nouveau… mais manque de prendre feu à cause du pointeau collé du nouveau carburateur !

Ni une ni deux, l’ancien carburateur Motorcraft que Jérémy avait pris soin de conserver est reconstruit avec de nouveaux joints et vient reprendre la place qu’il avait cédée quelque temps plus tôt. Les compressions sont de nouveaux prises et les résultats sont excellents. Un ami à Jérémy effectue le réglage de l’allumage et du carburateur, la Mustang ronronne comme elle ne l’avait jamais fait auparavant. C’est bruyant et c’est bien comme ça !

Deux problèmes restent à solutionner : la transmission fuit depuis l’écrou de réglage de la bande et le système de refroidissement est encore bien encrassé (ce qui implique une surchauffe à haut régime), malgré les six cycles de nettoyages effectué par son propriétaire. Sans pont ni compétences en matières de transmission, Jérémy décide de retourner voir son mécano préféré, autrement dit celui qui s’occupait de sa Comet pour tout ce que Jérémy ne pouvait pas faire dans son allée. Nous sommes en novembre 2020 et le professionnel inspecte la voiture et cherche des solutions aux deux problèmes avant de réaliser le parallélisme de la voiture. Différents travaux sont entrepris : le liquide de refroidissement est inspecté, le radiateur nettoyé une nouvelle fois et une fuite est colmatée mais rien n’y fait. Sur autoroute, le V8 surchauffe toujours. Et comme si ce n’était pas suffisant, on découvre que la boîte de vitesses, sans doute celle qui était liée au V6 d’origine, ne correspond pas au rapport de pont de 3.55. Pour ce type de moteur, il faudrait un rapport de pont de 2.78 ou de 3.00 maximum.

Une situation sanitaire qui n’aide en rien…

Nous sommes en mars 2021 et les travaux sur la Mustang n’ont pas beaucoup avancé depuis le mois de novembre. En cause, la situation sanitaire liée au COVID-19 qui a contraint le mécanicien de Jérémy à fermer. La reprise des activités se fait lentement et seulement depuis quelques jours. Le mécanicien a entrepris de conduire l’auto au quotidien pendant deux semaines pour faire un état des lieux complet et donner son opinion à Jérémy, en tant que professionnel, sur le reste à faire. Ensuite, notre ami français pourra établir la liste des travaux, leur définir une priorité et répartir les activités entre lui – pour ce qu’il peut accomplir lui-même – et les professionnels. En tête de liste viendront sûrement la transmission à refaire, le rapport de pont à changer, les roues à remplacer par des 15 pouces, etc. La partie électrique ne sera pas en reste puisque le tableau de bord ne s’allume pas et qu’il n’y a pas de courant dans la prise allume-cigare. Bien entendu, un peu de carrosserie est également prévu avec, a minima, le remplacement du hayon trop attaqué par la corrosion pour être réparé, mais Jérémy a déjà fait l’acquisition d’un autre exempt de rouille…

Vous l’aurez compris, cet article n’est qu’une introduction à l’aventure qui attend Jérémy, aventure que nous tâcherons de suivre avec beaucoup d’intérêt et dont nous vous proposerons un nouvel article dans les mois qui viennent.

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